c’est comment une piscine… ?
La piscine c’est un trou plein d’eau. Au fond c’est bleu, sur les côtés aussi. Quand il n’y a personne dedans la surface brille comme un miroir. Mais souvent il y a plein de monde. L’énorme manteau velouté éclate alors de toutes pars. Avant j’allais à la piscine municipale. Mais je n’aime pas trop ça, la municipale. C’est bruyant, froid et autoritaire. On ne fait pas ce qu’on veut dans le bassin. Il y a des horaires, une tenue, des lignes d’eau, des mouvements interdits. Il y a un type qui surveille d’un œil distrait perché sur une chaise à échelle. La peau de ses pieds gondole, le chlore lui bouffe les poumons et le reste. Souvent je me demande à quoi ça pense un maître nageur. Certain connaissent les recoins de leurs narines par cœur à force d’y plonger leurs longs doigts inquisiteurs, d’autres manquent de tomber à la renverse emportés par une somnolence maladive. Sous leurs yeux des types élancés foncent d’un bout à l’autre du bassin en essayant de garder leur assiette horizontale. Le balais mécanique des bras qui rentrent et sortent en cadence rappelle les mouvements d’une chaîne de montage ou bien ceux d’une batterie de criquets. Il y a aussi des mamies qui flottent lentement dans les remouds azurés. Il y a des gamins qui hurlent avant de se jeter dans le grand bain en se pinçant fort le nez. Il y a des mecs palmés qui se fondent doucement au milieu d’un nuage de bonnets blanc et bleu. Tous ces individus oscillent à la surface du liquide tiède. Parfois ça donne la nausée. Ces corps qui se frôlent sans se voir vraiment. Les verres des lunettes qui forment et déforment la peau blanchâtre. Les yeux qui gonflent le bonnet qui gratte le maillot qui glisse. Ces hommes et ces femmes qui ne se connaissent pas s’approchent et puis s’éloignent. La pendule tourne, les heures passent, la buée monte le long des baies vitrées. Et puis la nuit tombe, d’autres nageurs viennent fendre la surface de l’eau avec précision, ils s’entraînent eux, c’est du sérieux. Ils était déjà la ce matin tôt. Ils connaissent le bassin mieux que leur lit, pour eux l’eau n’est pas un élément étranger. C’est un fluide qu’il faut surmonter.
Depuis un mois maintenant j’ai une piscine dans le jardin. Pas un vulgaire amas de plastique qui manque de se dégonfler au moindre faux mouvement. Non. J’ai une vraie piscine avec un escalier sous l’eau, des mètres de longueur et une grosse pompe qui s’active pour garder l’eau propre. C’est sympa d’avoir son bassin à soi. On peut y aller quand on veut, faire ce qu’on veut avec qui ont veut. Moi j’aime bien plonger le matin mal réveillé ou me prélasser l’après midi entre deux brasses coulées. On peut s’y mettre tout nu, rester au fond, remonter, reprendre de l’air et replonger aussitôt. Pas de risque d’embouteillage ou de collision. Sauf peut être avec le petit robot qui se promène au fond quand il ne reste bloqué dans un coin. Une piscine c’est comme un espace de vie en plus. Sa température varie, sa couleur aussi. Elle respire, elle s’arrête, elle repars. Elle répand dans le jardin une odeur particulière. Comme celle qui se dégage des dalles chauffées à blanc par le soleil d’été quand nos traces de pas disparaissent comme par magie. Je n’imaginais pas que ce trou plein de flotte puisse devenir un espace de liberté aussi exaltant. Quand je n’ai rien à faire le je regarde le vent qui strie la surface. L’eau avance vite, très vite. Elle court vers le déversoir. J’ai l’impression d ‘y voir la genèse des courants marins. Et puis c’est pratique ces rebords sans rebords, avec le débordement, les saloperies ne flottent pas très longtemps avant de se précipiter dans le vide. Bien fait.
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- Publié :
- juin 14, 2009 / 9:32
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